Ce mouvement incroyable

Ceux qui pensaient que ce serait un autre billet pseudo-érotique seront déçus.

Il est en fait question du mouvement incroyable que produit une montagne russe infinie et imprévisible. Chaque virage, looping, descente abrupte, impossible à définir à l’avance. Bien sûr il existe, comme dans tout (je présume), des formules mathématiques pouvant aider au bon fonctionnement de la montagne russe :

Dans le cas où le point culminant du circuit (altitude H) est suivi d’une descente vertigineuse vers le point le plus bas (altitude 0), la vitesse atteinte peut être spectaculaire. Elle est donnée par l’équation :

m.g.H=\frac12.m.V^2

qui donne la valeur de V :

V=\sqrt{2.g.H}

Mais qu’en est-il de ces gens qui, comme moi, n’y comprennent rien? Ils essayent tant bien que mal de faire fonctionner un lourd attirail métallique mathématique à travers un chemin sinueux à la météo merdique et tout aussi imprévisible que le grand Tout.

Et quand la vitesse spectaculaire donnée par le MGH/MV2-machintruc arrive, qu’est-ce qu’on fait les humains normaux-pas mathématiques? On tombe, mes amis. On atteindra la vitesse voulue. On comprend la moitié de la formule, on se lance en faisant confiance à son instinct et BANG. La chute, violente, sanglante, finale. Bon, pas toujours finale, mais donnant souvent l’impression de l’être. C’est que c’est pas toujours facile sortir du wagon brisé pour entrer dans un tout neuf, quand t’as tous les os du corps fracassés.

Cela dit, les fois où tu réussis, ce n’est pas bien long que la fébrilité se réinstalle. Oh oui maman, encore un tour de montagne russe, qui sait comment ça finira cette fois!

Je pense que certains sont soit bons en maths, soit ils évitent minutieusement les prises de vitesse spectaculaires astucieusement calculables.

Pour les autres, un jour, le crash sera fatal. En attendant, profitons de la ride.

Se perdre en soi

Chercher trop loin, trop longtemps. Arriver quelque part sans comprendre comment on a pu s’y rendre. Regarder en arrière sans se souvenir du chemin emprunté. Paniquer. Mettre le feu tout autour dans l’espoir de voir cet endroit rassurant imaginé apparaître au loin. Crier pour trouver un guide. S’éparpiller encore, entre tous les guides plus confus que soi. Être étourdi, avoir la nausée, avoir peur.

Être encore immobile, seul, tout ce temps. Avec l’impression surréaliste qu’une tornade a tout ravagé, pendant qu’on stagnait, debout, trop occupé à se battre avec ses propres tripes.

Annabelle

C’est celle qui aimait danser nue contre ses rideaux. Une simple toile blanche, semi-transparente, qui ondulait au rythme du vent traversant la fenêtre entre-ouverte.

La simple idée d’être observée la rendait fiévreuse. Elle bougeait ses hanches de plus belle, imaginant ce mystérieux voisin la regarder se trémousser au son d’une musique qui n’existait que dans son souffle saccadé et dans les battements accélérés de sa poitrine.

Melissa Ferrick chantait dans sa tête, avec sa voix rauque et presque inaudible :

I’ll hold you up
and drive you all night
I’ll hold you up
and drive you baby ‘till you feel the daylight
I’ll hold you up
and drive you all night
I’ll hold you up
and drive you ‘till you feel the daylight
that’s right

Elle pouvait entendre les passants la chanter, lui crier à travers le mince rideau, pour qu’elle continue, qu’elle accélère, qu’elle s’étourdisse. Qu’elle s’effondre.

In the kitchen
in the shower
and in the back seat of my car
I’ll hold you up
in your office
preferably during business hours
‘cause you know how I like it when there’s people around
and I know how you like it
yeah I know how you like it
I know how you like it when I tease you for hours

Résumer ce qui ne peut l’être

Comme trop de blogueurs je me prête au jeu du bilan de l’année passée, ou des souhaits pour celle à venir, ou des résolutions qu’on ne tiendra jamais au-delà de février mais qu’on prend quand même pour se donner bonne conscience ou être aussi minces que nos amis qui se le promettent à chaque année.

Bref. 2011 hein. Quelle année de merde.

J’ai essayé de trouver le premier événement marquant de l’année, en commençant par janvier. Ce que j’ai trouvé de marquant en janvier, c’est ce qui m’a amené pleine d’angoisse vers février. Quand on a mis en branle à toute vitesse les activités de financement de la fondation, pour la sauver enfin, essayer jusqu’au bout, unir nos forces pour que d’un miracle auquel j’ai osé croire à mon grand désarroi, une enfant puisse vivre.

J’ai trouvé un lien pour vous exprimer février. Un texte de ce blogue. En commençant à le relire mon coeur est tombé par terre. Je vous laisse donc le soin de constater sur quelle note 2011 a commencé. Ici et puis . Le trou est encore béant, et ne cesse de s’agrandir chaque fois que je sens ma merveilleuse amie Julie avoir envie de baisser les bras devant cette grande salope qu’est la vie.

Mais commencer par vous parler d’Émilie aura eu pour effet de me faire réaliser que la suite parait bien morne et surmontable à côté de son départ.

Le reste de l’année se résume avec des coups. Plusieurs coups, donnés partout, sur tout, de toutes les forces imaginables, et même de celles qu’on imagine nous tuer avant de les recevoir. C’est une année épuisante et déroutante, n’ayant heureusement pas qu’apporté du négatif. Mais c’est tout de même encore un effort d’admettre que cette année aura pu apporter un peu de positif. Elle aura apporté des conclusions, des réflexions, des remises en question plus grandes que soi. Plus grandes que moi.

Je finis donc cette année complètement épuisée. Physiquement et psychologiquement. Heureusement bien entourée, et n’oubliant pas la chance que j’ai de l’être.

Je nous souhaite tous une année 2012 merveilleuse, surtout que c’est la dernière. (J’insèrerais un lol très ironique si je me permettais de telles libertés ici.)

Bonne chance avec la suite mes chers amis/lecteurs inconnus/stalkers louches. Un jour on sera tous fiers d’avoir tenu le coup jusqu’au bonheur.

Vidage de coeur et autres théories

Ou divagations éthyliques.

OU ENCORE… non, laissez tomber. Je ne suis pas prête à en parler.

Êtes-vous heureux, vous? C’est dur trouver le bonheur dans ce monde violent.

Mon grand garçon qui aura 4 ans dans quelques jours m’a demandé tantôt de lui faire un paradis de Noël, avec 1000 décorations, de la musique, TOUT. Mais à 3 jours du déménagement. À 2 semaines de Noël.

Je dois dire que je crois être heureuse quand on réussit à être un petit trio uni (mes enfants et leur utérus d’origine) malgré toutes ces défécations de pigeons  géants et monstrueux qui nous tombent sur la tête constamment. Je les fais rire et grandir, ils me font rire et grandir. On est vachement chanceux de s’avoir, même sans domicile fixe ni même joie de vivre du temps des fêtes dans nos coeurs.

Je vais aller faire des boîtes avant de perdre l’once de positivisme élaborée ci-haut, mais pas sans m’excuser du manque flagrant de mise à jour et/ou de contenu pertinent et/ou de contenu intéressant et/ou d’utilité d’être de ce blog.

Joyeux Noël si on se croise pas une autre fois, les lecteurs! N’oubliez pas que l’important, c’est de passer du temps avec les gens qui vous rendent heureux.

Avec le temps…

Je vais gaiement parler comme une personne comptant plus de quarante chandelles. Cette même personne qui en écrivant le même texte, prétendrait en compter 70. Le point est donc qu’on sait qu’on apprend beaucoup avec le temps, et qu’on devine finir par en savoir plus, plus tard. (Ça vole haut pour l’instant, je vous l’accorde.)

Trouver la réponse à ce grumeau de fond d’âme qui nous lacère depuis un moment. Se lancer dans tous les murs en cherchant la réponse, dans tous les creux indécis d’une construction chambranlante. Jeter le blâme sur les gens qui ne sont plus là. C’est facile, ils ne pourront jamais nous remettre la vérité en face. Ensuite, frapper le passé. Ce qui aurait été différent si ça avait été différent. Classique.

Puis BAAAAANG. La réponse. Qui n’implique ni morts, ni négligences, ni déni ou drogue ou oubli ou folie ou psychiatrie. Le noeud qui se délie lentement. Hey, les années, ça aide vraiment, parfois. À se connaître surtout. Parce que c’est beau de croire tout savoir et d’en savoir peut-être beaucoup; d’aimer les gens, de ne pas juger, de ne pas être raciste, de ne pas fumer, d’aimer la vie, aimer les humains, aimer les enfants et les animaux, de s’en émouvoir, d’en créer de l’art même. Mais sans connaître l’humain qui nous sert de véhicule, sans comprendre ses propres réactions, impulsions, et émotions, on est bien peu de choses.

Merci le temps. Qui me semble loin en quarante fois trois cent soixante-cinq. Qui sera proche bientôt. On verra. J’espère. J’aime ça apprendre. Comprendre.

Fatigue inépuisable

Il y a des jours où être seule avec deux enfants, deux emplois et quatre cours à l’université, ça troue le ventre.

Ça s’immisce doucement sous forme de fatigue, on se couche tôt quelques soirs de suite pensant que ça suffira. Puis un jour ça éclate. Quelqu’un vous oblige à vous écraser Anne, c’est normal de flancher parfois, tu ne peux pas toujours être une super-héroïne. Et les larmes coulent sans trop de raison précise. Je suis si fatiguée, je ne comprend plus.

Alors on s’amuse pendant que j’accroche des banderoles d’Halloween partout dans la maison. Et je colle des citrouilles et des sorcières dans les fenêtres pour faire rire les enfants. On rit beaucoup, mais ça reste. Une lourdeur dans le creux de mon ventre, une faiblesse dans la machinerie maternelle. Je suis fatiguée.

J’ai beau dormir, ça reste. Comme une fatigue de vivre. Celle qui revient parfois, l’épuisement de porter le fardeau d’être vivant. Et la déprime qui s’en suit, comment puis-je être aussi fatiguée, oublier la chance que j’ai d’être en vie, celle qui me propulse lors des meilleurs jours?

Et les remords de négliger les gens qui ont besoin de moi, simplement par fatigue? Comment la fatigue pourrait m’arrêter? Dormir, c’est pour les faibles!

Mais je suis fatiguée. Je reste fatiguée.

Parce qu’il m’est impossible de ne pas parler de l’automne cette année

Je m’ennuie du dépanneur/fleuriste, mes émotions automnales des deux dernières années étant liées à ce petit coin de paradis. Je ne cesse d’être surprise dès la fin septembre de chaque année, de m’imaginer chaque fois que je revis et que l’émerveillement que je ressens devant l’automne est tout nouveau et magique.

Je suis émerveillée par l’émerveillement que l’automne m’apporte. Les couleurs, les odeurs, les bourrasques de vent frais, les gens exaltés devant toute cette richesse qui éveille nos sens. C’est incroyable qu’un cycle de la nature puisse être aussi puissant, avoir autant d’influence sur nous, les humains. Même en milieu urbain où on travaille souvent étrangement fort à détruire toute forme d’expression de la nature, l’automne fait son chemin, se vit d’une façon toute particulière. L’odeur des feuilles mortes se mêlant à celle de l’asphalte mouillée et les crissements de pneus se faisant étouffer par le bruit du vent dans les arbres. Rien n’égale une montagne orangée, mais Montréal l’automne a de quoi réjouir sa Anne.

L’automne c’est toujours parfait, que tout le soit réellement ou non. Puis quand ça l’est pour vrai, c’est encore mieux.

The lottery

I only wanted what everyone wanted
since bras started burning up ribs in the 60′s.
Favors are flying, faces are falling,
all I desire is to never be waiting.
If that’s a crime let’s commit it.
There’s a new crime, sexual suicide.
When our underwire radio tears into their international airwaves
Boredom will Die! Ears will Bleed!
All they desire is to give and to please.
There’s a new crime, sexual suicide.
There’s a new crime, let’s commit it
while we’re waiting on the next day, to begin it in the best way.
There’s a new crime, sexual suicide.
There’s a new crime, let’s commit it.
Don’t worry, Heather, about forever.
Don’t worry about me.

It’s a lottery baby, everybody roll the dice
It’s a lottery baby, everybody roll the dice

Will we always be like little kids
running group to group asking who loves me?
Don’t know who loves me!
It’s pathetic. It’s impossible.
Like girls in stilettos,
like girls in stilettos,
like girls in stilettos trying to run.

Cadeau.

Je suis un brouillon

Un trait de fusain indécis sur un papier trop fibreux. Le dessin naïf d’un enfant qui expérimente.

Je suis le reflet insuffisant de mon résultat final.

Le 2 septembre, encore

Une autre année. Une de plus à une accumulation encore si petite. Une année à regarder les enfants grandir, à avoir la chance de les voir, devrai-je dire. Bébé devenue grande, elle pourra se bourrer de gâteau si je décide de m’en acheter un.

Le début d’une nouvelle année, d’une page tournée. Surtout, la fin d’une année, ou plutôt d’un été, dévastant et épuisant. Arriver à son anniversaire aussi vidée de toute force, en espérant naïvement qu’une date choisie au hasard utérin de ma chère mère puisse avoir un impact sur mon quotidien.

Vendredi, je me souhaite du repos. Du calme, de la paix. Je me souhaite de l’argent aussi (pourquoi pas), parce que dans ce sympathique monde capitaliste, le manque d’argent mine trop souvent notre fragile équilibre heureux.

Je me souhaite de retrouver mon psy. Perdu quelque part dans les dédales des références mal griffonnées, celui qui s’est sauvé avec mon dossier il y a cinq ans maintenant. Après cinq ans à me botter la santé mentale toute seule, j’ai envie de déléguer un brin. Vous me jugez, dites?

Puis cet automne, ça fera cinq ans que je suis ailleurs. À Montréal, loin de tout le monde mais proche de tous les autres.

Et quand je saurai vraiment ce que je veux de plus que dormir et sourire, je viendrai finir ce billet. Ou peut-être dans un an, quand je saurai comment ça fini.

« Pis qu’est-ce qu’on leur dira à la fin? »

On leur dira qu’on écrivait même le mauvais dans l’espoir que les chutes ne soient pas vaines. Qu’outre les bleus, il reste des mots. Peut-être durs, mais émouvants.

On leur dira qu’on cherchait simplement. Qu’une recherche avec des résultats satisfaisants peut être périlleuse et remplie d’obstacles de toutes sortes. Et aussi que parfois, même après les épreuves insensées dans un but de moins en moins défini, on se retrouve devant rien.

Mais on pourra surtout leur dire que malgré toutes ces choses, ces regrets, ces fiertés et ces frustrations qui s’exprimeront de plus de façons que je n’ai de mots, on était là quand même. On était là pour se battre, pour survivre, et on a réussi.

Danser pour nous. Point

Je danse sur ta tête, puis après quelques tours sur nous-même, j’arrive à y entrer. Par une oreille je me faufile, je me déhanche à la vitesse d’un lapin qui vit l’amour pour la première fois pour habiter au plus vite tous les coins de ta tête. Je m’effeuille comme une danseuse qui tourne autour d’un poteau lustré d’une peinture dorée fraîchement refaite. Je monte et descend en enroulant ma longue jambe à la limite physique ultime de mes articulations hystériques. Je reste prise comme ça, à tournoyer, une jambe attachée au poteau or de ta tête. Une petite séance de sensuello-gigue intra-crânienne qui ne semble pas vouloir cesser. T’aimes trop ça, voir mes seins pointer dans ton jus de cerveau trop froid pour être réaliste.

Et puis fallait vraiment que je pense à la température normale d’un jus de cerveau standard humain pour comprendre que rien de tout ça n’était réel. Comment j’ai pu imaginer tout ça et avoir l’impression d’y être, de glisser le long de ton pavillon, de donner des coups de fesses frénétiques sur tes méninges les plus audacieuses?

Hochelaga

Le balayeur de mégots qui sursaute quand je le dépasse, pensant sûrement que je le chicanerais de texter au lieu de faire son travail. Le couple étrange au dép‘ du coin qui s’obstine sur la couleur du Mr Freeze qu’ils vont partager. Je les comprend, avec l’inflation, les plus longs sont rendus à quoi, 55 cennes? De quoi remettre sa relation en question.

Et quand j’arrive au comptoir avec ma caisse de bière écrasée sur les seins (pour camoufler l’absence de brassière de cette fin de journée humide), l’autre commis qui enligne des cigarettes camouflées se lève pour sautiller frénétiquement en me voyant. On a déjà parlé de tatouages lui et moi, j’imagine que ça fait de lui mon meilleur ami, style bichon maltais très fidèle.

Puis en sortant, les 12 bières frettes étampées sur les mamelons, le chauffeur de bus qui en fume une me tend la main, l’air de vouloir s’en prendre une dans la caisse. (Ou était-ce plus spécifique et intime que je l’eût cru?) Je lui ai demandé si on avait droit de boire en public avec un officier de la STM, puis il m’a dit Après ma belle.

En revenant de mon aventure à 25 mètres de chez-moi, j’ai croisé le nouvel amant de Marie-Belle. Elle était supposée être une monoparentale bien tranquille, qu’elle disait. Elle change souvent de compagnon de tranquillité, Marie-Belle.

Mais je l’aime, Hochelaga.

Ne jamais avoir confiance en soi.

Certains mots ont attirés mon attention, j’ai cru bon de m’attarder à leur conversation. Renversée, à me questionner encore sur ma façon de manquer de confiance en moi, à moi.

- Ça joue sur ma confiance d’avoir personne dans ma vie, que personne ne me touche, que personne ne me regarde. Je me sens seule et invisible, je n’ai pas l’impression de mériter quoi que ce soit. Un sourire, une caresse, une attention particulière.

- Tu vois, moi, plus j’ai de sourires, plus j’écarte mes jambes pour avoir de l’attention et de l’amour, moins j’ai confiance. Qu’est-ce que je cherche à prouver? À qui est-ce que je le prouve? Personne ne s’intéresse vraiment à moi pour ce que je suis, crois être. Puis les jugements fusent, je deviens une salope à force de trop chercher. On me juge sur quelques lignes noires d’une vie que je croyais pourtant bien plus complète et complexe. Mais si j’arrête de recevoir cette attention, je ne me sens plus exister. J’ai besoin de leurs regards, de leur salive, pour me sentir trop vivante et morte à la fois.

Et un peu troublées, elles se sont tues. Regardant le sol à la recherche d’une réponse. L’une enviant l’autre d’avoir tout ce qu’elle pensait vouloir, l’autre rêvant d’un quotidien qui la comblerait, sans trop savoir ce que ça impliquait.

L’impression de toujours repousser le sable avec son pied pour en faire une montagne, et de le sentir retomber malgré tout entre ses orteils. Le repousser plus loin en espérant en faire quelque chose, et sentir le sable s’abattre plus violemment cette fois sur nos pieds.

Et perdue dans mes métaphores insensées, me retournant pour voir si elles avaient repris leur conversation, elles étaient déjà parties. J’aurais voulu savoir laquelle finirait par trouver son prince charmant ou par devenir lesbienne.

805. Le numéro d’un billet sans titre.

Je lis, je vis. C’est pas le proverbe de cet homme célèbre mais inexistant qui n’invente des proverbes que dans ma tête?

Reste qu’il avait raison, lui. J’ai essayé plusieurs fuites, rapprochées mais toujours plus fuyantes que la précédente. J’ai pas trouvé. J’étais prise quand même, j’arrivais même pas à me fuir.

Puis la merveille qui me conseille toujours bien a décidé de récidiver. À la base j’avais plus de temps pour lire oui, mais je me disais que je devais l’utiliser à trouver un moyen de payer mon épicerie du mois, et puis finalement je ne faisais pas grand chose. J’ai eu du temps hier, et encore aujourd’hui. J’ai lu une bien drôle d’histoire, d’une femme terrorisée par un homme qui a décidé qu’elle l’aimerait. Le jour où il l’a vu dans le train, c’était le bon jour. Le moment où elle devenait ELLE. Il faut croire au concept d’une seule personne qui comptera vraiment par vie, ce à quoi je n’adhère pas, mais le monsieur de l’histoire y croyait beaucoup. À ce point que ce pouvait être une inconnue.

Bref, passons les raisons stimulant le jeune homme. La femme était terrorisée. Plusieurs longues pages, une bonne partie du livre, elle a peur. Elle le laisse la violer, elle recule puis fait quelques pas en avant, elle ne sait jamais trop si elle acceptera sa présence imposée.

Elle n’arrivait pas à le fuir, elle était prise.

Elle a fini par l’accepter dans sa vie.

Ouin.

Merde musicale

These blood red eyes
Don’t see so good
But what’s worse is if they could
Would I change my ways?
Wasted times and broken dreams
Violent colors so obscene
It’s all I see these days
These days

Chaque fois que tu m’écris je suis en train d’écouter une autre chanson en boucle. Parfois elle dure une heure, les meilleures ont persisté presque quatre jours. Du punk dégénéré pour accentuer l’envie de m’enfoncer la tête dans tous les murs pour ne plus la sentir. La plus noire des chansons pour pleurer sur tout ce que je sais et que j’ignore encore. La plus joyeuse pour me donner le courage de traverser la journée, et même parfois me faire croire que ça ira.

Je suis une montagne russe avec une trame sonore. Je suis la merde musicale.

Ne pas regretter

Un jour on m’a confronté sur une de mes politiques de vie (les gros mots tout ça) qui vise à ne rien regretter. Quand on est impulsive et un peu conne, ça vaut la peine de passer outre quelques regrets pour ne pas passer ses journées à se ronger les os.

Mais arrive un temps où malgré tout le déni et la force positive que tu essaye de mettre dans l’acceptation de tes choix les plus douteux, le regret remonte en force, comme un reflux gastrique après une poutine et une rondelle d’oignon à quarante semaines de grossesse.

Et il traine sa gang de regrets enfouis. Ils viennent en tas, grossir le tas de marde qui t’étouffe déjà depuis au moins deux billets de blogue. « À quoi j’ai pensé ce jour-là, en 2004, quand j’ai pris tel truc avec tel gars louche? » « Que serait ma vie si je n’avais pas accepté le choix de ce spermatozoïde au début 2007? »

Sérieux le cerveau là, ta gueule. Laisse-moi brailler sans trop savoir pourquoi et garde tes éveils de conscience pour plus tard.

Et il va sans dire que celui qui avait osé me confronter avait raison. Et que je le déteste.

Juste une image pleine de mots

Je sais pas c’est quel livre. J’aimerais bien trouver si vous savez, vous.

Ça m’a fait penser à ça.

Le web étant TELLEMENT efficace, @StephFerry nous a trouvé ça en quelques minutes. C’est John Green. (Trop grand pour être reconnu par les petites)

Toute va bien pis après toute va mal. Ou la roue de la vie.

On attend la fois où le bien reviendra. On est jamais tellement certains qu’on aura la chance qu’il revienne par contre. Tu manges tes claques sur la gueule en gardant en tête que ça achève, mais derrière cette pensée-là que tu veux pousser au fond en te faisant croire que c’est la plus lointaine, t’as toujours un espoir cave que tout ira bien, bientôt. Tu cours pour que la roue tourne plus vite, tu t’engourdis pour ne plus voir les jours passer. Et à un moment donné, la roue va se casser. Tu vas avoir brisé le cycle de la vie, ou de la marde, c’est selon de quel bord ta roue tourne le moins vite. Là tu vas rester pogné comme un vieux pneu garroché dans le fond d’une cour à scrap, pour toujours. Basculé sur ton flanc douloureux, abandonné à toi-même, noyé dans l’océan de tes propres défécations. Tu vas sentir le tabarnak pour toujours. Au moins ça va indiquer aux autres qu’ils feraient bien de se tenir loin, pour pas sentir aussi mauvais que toi.

Alors chaque fois que je suis du côté odorant, ben j’ai peur de rester là. Pognée dans ma propre marde, engluée, étouffée dedans.