Archives Mensuelles: mars 2010

La mère qui dansait

Un matin elles étaient là, habillées un peu n’importe comment, la gardienne essayant de faire quelque chose de leurs cheveux ébouriffés. Il était content, des nouveaux amis, moi ça ne me dérangeait pas trop.

Le soir elles étaient encore là même si j’étais en retard et que les autres étaient partis, et encore le lendemain matin, et tous les autres soirs et les autres matins. Elle m’a expliqué qu’elle devait les prendre aussi souvent parce que leur mère avait besoin d’une personne très disponible, moi je me suis dis que leur père devrait s’occuper d’elles, et aussi que la gardienne avait besoin d’argent. Sûrement plus besoin d’argent que d’une qualité de vie avec ses trois enfants dans son minuscule appartement. Même la fin de semaine, même tous les soirs.

Souvent on en parlait, les plus petits ont changé pour imiter les crises infernales des deux petites filles. Une autre mère m’a dit qu’elle cherchait autre chose, qu’elle était vidée de tout ça, qu’elle ne reconnaissait plus sa fille. Entre-temps la gardienne a augmenté les prix, encore et encore, à s’en demander combien elle charge à la mère pour pouvoir prendre ses filles juste un souper de temps en temps.

Tantôt, pendant que mon démon essayait de mettre ses souliers avec de partir, elle est revenue. Elle avait amené ses filles acheter des bonbons, et aussi des cappuccinos glacés. Qui achète des cappuccinos à des enfants d’âge préscolaire?

Je n’aime pas juger, surtout pas le métier des gens, surtout pas ce qu’ils trouvent comme moyens pour faire vivre leurs enfants de la manière qu’ils croient la bonne. Mais j’ai compris pourquoi ma belle marocaine de gardienne m’avait dit : « Je n’ai pas vraiment le choix, pour elles. »

Je ne sais pas ce que cette mère semi-vêtue fait le soir, et le matin, et la nuit, et pourquoi elle a tellement besoin de ses fins de semaines. Pourquoi elle a les moyens de faire vivre ses enfants ailleurs. Ni pourquoi les deux fillettes ne se ressemblent pas et n’ont pas de père. Je ne veux pas savoir.

Comment juger cette femme qui pense faire bien en préférant que ces fillettes soient avec elle plutôt qu’un peu n’importe où à tous moments du jour et de la nuit. Comment juger ces fillettes qui oui nuisent à l’équilibre de mon enfant directement, mais qui sont influencées par l’environnement dans lequel elles ont toujours évolué.

Mais juger cette mère sans juger son métier…

J’aurais préféré ne jamais savoir, je ne pourrai jamais arrêter de me demander ce qui arrivera à ces deux fillettes qui n’ont rien demandé.

Sweet sweet, too sweet? Never.

J’écris même plus, j’ai rien à dire et souvent même plus l’envie d’écrire! C’est débile non?

Je travaille sur un projet plus concret d’écriture que je vois déjà s’étirer sur de très longues années. Mon état physique instable m’impose tellement de contraintes que je n’ose pas me forcer à écrire en me mettant des échéances, surtout considérant que l’échéance ultime sera dans 3 mois.

La naissance de notre fille, la naissance de mon deuxième enfant, d’une petite soeur pour mon fils si petit encore qui deviendra un grand frère. Un aîné. Ça me semble absurde que cette petite bombe d’énergie en constant apprentissage puisse devenir un exemple et un guide pour ce qui me massacre la vessie à longueur de journée.

Je me sens moche d’être frappée par ce grand fléau du blogueur heureux. Vous savez, les blogs qui se ferment quand les célibataires sont en couple, quand les familles sont trop nombreuses, quand le boulot est trop stimulant. Plus assez de matériel à brailler pour vos yeux affamés, on néglige quelque chose pour en savourer d’autres.

Je suis encore heureuse. Je suis toujours plus heureuse chaque jour. Je pourrais écrire des trucs atrocement dégoulinants sur l’amour qui m’a convaincu de me laisser tenter une ultime fois qui fût la bonne, je pourrais dire à quel point mon coeur craque de partout quand mon fils se mets à rire de ses propres blagues, que je pleure souvent de bonheur en allant l’embrasser avant de me coucher.

On est pas à l’abri de la vie et de ses coups salauds, on le sait que trop bien avec le temps. N’empêche qu’on en a plus rien à faire, on a la vie à nos côtés tous les jours.

On a un beau barbu pour nous sourire tendrement, on a des coups remplis d’amour qui viennent d’en dedans, on a une petite tête dure mais charmante pour se coucher sur nos ventres.

Je suis heureuse. Je savoure, égoïstement.