Tantôt, je comprenais pas trop ce qu’on m’écrivait. Mon grand-papa était rendu en jaquette quelque part ailleurs, à attendre son pacemaker. Samedi soir il rigolait, il était drôle et surprenant comme d’habitude, il est comme ça mon grand-père. Et aujourd’hui, on le rentrait vite vite dans sa jaquette, pour attendre dans un corridor que quelqu’un daigne lui ouvrir la poitrine. Parce que les résultats sont laids, je sais rien moi, je suis trop loin. Ils ont testé son vieux coeur qui a toujours travaillé tellement fort, et ils ont pas aimé ses performances. Ma mère dit qu’il était vraiment fâché, en jaquette dans le corridor. C’est un battant, un orgueilleux. C’est mon seul grand-parent jamais été en jaquette devant moi… et ça y’est.
Ma maman m’a écrit C’est la vie Anne, on se bat comme on peut. Et j’ai dis qu’au quotidien, c’était pas moins révoltant.
Que jeune ou vieux, on tombe comme des mouches. Que jeune ou vieux, on ai touché quelqu’un, plusieurs quelqu’un qui crieront à l’injustice quand on partira. Plus de papa, plus d’Olivier, plus d’Émilie, plus de trop de gens qui s’accumulent avec les années, et j’ai peur de finir par en oublier… faire revenir grand-maman le temps d’un sourire aussi, que ces insectes n’aient jamais grugé son cerveau.
J’en viens à ne plus connaître la cause à laquelle me lier. Le cancer, le suicide, l’alzheimer? Est-ce que tous les malheurs du monde vont m’atteindre directement?
C’est dégueulasse desfois.
