Le 2 septembre, encore

Une autre année. Une de plus à une accumulation encore si petite. Une année à regarder les enfants grandir, à avoir la chance de les voir, devrai-je dire. Bébé devenue grande, elle pourra se bourrer de gâteau si je décide de m’en acheter un.

Le début d’une nouvelle année, d’une page tournée. Surtout, la fin d’une année, ou plutôt d’un été, dévastant et épuisant. Arriver à son anniversaire aussi vidée de toute force, en espérant naïvement qu’une date choisie au hasard utérin de ma chère mère puisse avoir un impact sur mon quotidien.

Vendredi, je me souhaite du repos. Du calme, de la paix. Je me souhaite de l’argent aussi (pourquoi pas), parce que dans ce sympathique monde capitaliste, le manque d’argent mine trop souvent notre fragile équilibre heureux.

Je me souhaite de retrouver mon psy. Perdu quelque part dans les dédales des références mal griffonnées, celui qui s’est sauvé avec mon dossier il y a cinq ans maintenant. Après cinq ans à me botter la santé mentale toute seule, j’ai envie de déléguer un brin. Vous me jugez, dites?

Puis cet automne, ça fera cinq ans que je suis ailleurs. À Montréal, loin de tout le monde mais proche de tous les autres.

Et quand je saurai vraiment ce que je veux de plus que dormir et sourire, je viendrai finir ce billet. Ou peut-être dans un an, quand je saurai comment ça fini.

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« Pis qu’est-ce qu’on leur dira à la fin? »

On leur dira qu’on écrivait même le mauvais dans l’espoir que les chutes ne soient pas vaines. Qu’outre les bleus, il reste des mots. Peut-être durs, mais émouvants.

On leur dira qu’on cherchait simplement. Qu’une recherche avec des résultats satisfaisants peut être périlleuse et remplie d’obstacles de toutes sortes. Et aussi que parfois, même après les épreuves insensées dans un but de moins en moins défini, on se retrouve devant rien.

Mais on pourra surtout leur dire que malgré toutes ces choses, ces regrets, ces fiertés et ces frustrations qui s’exprimeront de plus de façons que je n’ai de mots, on était là quand même. On était là pour se battre, pour survivre, et on a réussi.

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Danser pour nous. Point

Je danse sur ta tête, puis après quelques tours sur nous-même, j’arrive à y entrer. Par une oreille je me faufile, je me déhanche à la vitesse d’un lapin qui vit l’amour pour la première fois pour habiter au plus vite tous les coins de ta tête. Je m’effeuille comme une danseuse qui tourne autour d’un poteau lustré d’une peinture dorée fraîchement refaite. Je monte et descend en enroulant ma longue jambe à la limite physique ultime de mes articulations hystériques. Je reste prise comme ça, à tournoyer, une jambe attachée au poteau or de ta tête. Une petite séance de sensuello-gigue intra-crânienne qui ne semble pas vouloir cesser. T’aimes trop ça, voir mes seins pointer dans ton jus de cerveau trop froid pour être réaliste.

Et puis fallait vraiment que je pense à la température normale d’un jus de cerveau standard humain pour comprendre que rien de tout ça n’était réel. Comment j’ai pu imaginer tout ça et avoir l’impression d’y être, de glisser le long de ton pavillon, de donner des coups de fesses frénétiques sur tes méninges les plus audacieuses?

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Hochelaga

Le balayeur de mégots qui sursaute quand je le dépasse, pensant sûrement que je le chicanerais de texter au lieu de faire son travail. Le couple étrange au dép‘ du coin qui s’obstine sur la couleur du Mr Freeze qu’ils vont partager. Je les comprend, avec l’inflation, les plus longs sont rendus à quoi, 55 cennes? De quoi remettre sa relation en question.

Et quand j’arrive au comptoir avec ma caisse de bière écrasée sur les seins (pour camoufler l’absence de brassière de cette fin de journée humide), l’autre commis qui enligne des cigarettes camouflées se lève pour sautiller frénétiquement en me voyant. On a déjà parlé de tatouages lui et moi, j’imagine que ça fait de lui mon meilleur ami, style bichon maltais très fidèle.

Puis en sortant, les 12 bières frettes étampées sur les mamelons, le chauffeur de bus qui en fume une me tend la main, l’air de vouloir s’en prendre une dans la caisse. (Ou était-ce plus spécifique et intime que je l’eût cru?) Je lui ai demandé si on avait droit de boire en public avec un officier de la STM, puis il m’a dit Après ma belle.

En revenant de mon aventure à 25 mètres de chez-moi, j’ai croisé le nouvel amant de Marie-Belle. Elle était supposée être une monoparentale bien tranquille, qu’elle disait. Elle change souvent de compagnon de tranquillité, Marie-Belle.

Mais je l’aime, Hochelaga.

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Ne jamais avoir confiance en soi.

Certains mots ont attirés mon attention, j’ai cru bon de m’attarder à leur conversation. Renversée, à me questionner encore sur ma façon de manquer de confiance en moi, à moi.

- Ça joue sur ma confiance d’avoir personne dans ma vie, que personne ne me touche, que personne ne me regarde. Je me sens seule et invisible, je n’ai pas l’impression de mériter quoi que ce soit. Un sourire, une caresse, une attention particulière.

- Tu vois, moi, plus j’ai de sourires, plus j’écarte mes jambes pour avoir de l’attention et de l’amour, moins j’ai confiance. Qu’est-ce que je cherche à prouver? À qui est-ce que je le prouve? Personne ne s’intéresse vraiment à moi pour ce que je suis, crois être. Puis les jugements fusent, je deviens une salope à force de trop chercher. On me juge sur quelques lignes noires d’une vie que je croyais pourtant bien plus complète et complexe. Mais si j’arrête de recevoir cette attention, je ne me sens plus exister. J’ai besoin de leurs regards, de leur salive, pour me sentir trop vivante et morte à la fois.

Et un peu troublées, elles se sont tues. Regardant le sol à la recherche d’une réponse. L’une enviant l’autre d’avoir tout ce qu’elle pensait vouloir, l’autre rêvant d’un quotidien qui la comblerait, sans trop savoir ce que ça impliquait.

L’impression de toujours repousser le sable avec son pied pour en faire une montagne, et de le sentir retomber malgré tout entre ses orteils. Le repousser plus loin en espérant en faire quelque chose, et sentir le sable s’abattre plus violemment cette fois sur nos pieds.

Et perdue dans mes métaphores insensées, me retournant pour voir si elles avaient repris leur conversation, elles étaient déjà parties. J’aurais voulu savoir laquelle finirait par trouver son prince charmant ou par devenir lesbienne.

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805. Le numéro d’un billet sans titre.

Je lis, je vis. C’est pas le proverbe de cet homme célèbre mais inexistant qui n’invente des proverbes que dans ma tête?

Reste qu’il avait raison, lui. J’ai essayé plusieurs fuites, rapprochées mais toujours plus fuyantes que la précédente. J’ai pas trouvé. J’étais prise quand même, j’arrivais même pas à me fuir.

Puis la merveille qui me conseille toujours bien a décidé de récidiver. À la base j’avais plus de temps pour lire oui, mais je me disais que je devais l’utiliser à trouver un moyen de payer mon épicerie du mois, et puis finalement je ne faisais pas grand chose. J’ai eu du temps hier, et encore aujourd’hui. J’ai lu une bien drôle d’histoire, d’une femme terrorisée par un homme qui a décidé qu’elle l’aimerait. Le jour où il l’a vu dans le train, c’était le bon jour. Le moment où elle devenait ELLE. Il faut croire au concept d’une seule personne qui comptera vraiment par vie, ce à quoi je n’adhère pas, mais le monsieur de l’histoire y croyait beaucoup. À ce point que ce pouvait être une inconnue.

Bref, passons les raisons stimulant le jeune homme. La femme était terrorisée. Plusieurs longues pages, une bonne partie du livre, elle a peur. Elle le laisse la violer, elle recule puis fait quelques pas en avant, elle ne sait jamais trop si elle acceptera sa présence imposée.

Elle n’arrivait pas à le fuir, elle était prise.

Elle a fini par l’accepter dans sa vie.

Ouin.

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Merde musicale

These blood red eyes
Don’t see so good
But what’s worse is if they could
Would I change my ways?
Wasted times and broken dreams
Violent colors so obscene
It’s all I see these days
These days

Chaque fois que tu m’écris je suis en train d’écouter une autre chanson en boucle. Parfois elle dure une heure, les meilleures ont persisté presque quatre jours. Du punk dégénéré pour accentuer l’envie de m’enfoncer la tête dans tous les murs pour ne plus la sentir. La plus noire des chansons pour pleurer sur tout ce que je sais et que j’ignore encore. La plus joyeuse pour me donner le courage de traverser la journée, et même parfois me faire croire que ça ira.

Je suis une montagne russe avec une trame sonore. Je suis la merde musicale.

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