Il y a des jours où être seule avec deux enfants, deux emplois et quatre cours à l’université, ça troue le ventre.
Ça s’immisce doucement sous forme de fatigue, on se couche tôt quelques soirs de suite pensant que ça suffira. Puis un jour ça éclate. Quelqu’un vous oblige à vous écraser Anne, c’est normal de flancher parfois, tu ne peux pas toujours être une super-héroïne. Et les larmes coulent sans trop de raison précise. Je suis si fatiguée, je ne comprend plus.
Alors on s’amuse pendant que j’accroche des banderoles d’Halloween partout dans la maison. Et je colle des citrouilles et des sorcières dans les fenêtres pour faire rire les enfants. On rit beaucoup, mais ça reste. Une lourdeur dans le creux de mon ventre, une faiblesse dans la machinerie maternelle. Je suis fatiguée.
J’ai beau dormir, ça reste. Comme une fatigue de vivre. Celle qui revient parfois, l’épuisement de porter le fardeau d’être vivant. Et la déprime qui s’en suit, comment puis-je être aussi fatiguée, oublier la chance que j’ai d’être en vie, celle qui me propulse lors des meilleurs jours?
Et les remords de négliger les gens qui ont besoin de moi, simplement par fatigue? Comment la fatigue pourrait m’arrêter? Dormir, c’est pour les faibles!
Mais je suis fatiguée. Je reste fatiguée.
