Fétiche de coriandre et autres amours

« l’Être social

Ce qui permet à l’ensemble de nos “qualités biologiques” de s’actualiser, c’est le rapport que nous avons avec notre environnement. C’est-à-dire avant tout, les autres.

Un être humain n’est jamais complètement isolé. Sa vie toute entière dépend des échanges qu’il entretient avec ses semblables. Il fait partie d’un ensemble dont il dépend depuis qu’il est sorti du ventre de sa mère. Depuis cette époque, il a appris à faire siens les comportements et pour tout dire les valeurs des personnes de son entourage au premier rang desquels se trouvent ses parents.

Cet environnement d’hommes et de femmes modèle chaque être humain au point de dire que “nous ne sommes que les autres”. Plus exactement disons que “nous sommes la trace qu’ont laissés les autres dans notre système nerveux, dans les rapports que nous avons eus avec eux” (Henri Laborit). L’autre me fait exister à tel point que “C’est faux de dire : Je pense. On devrait dire : on me pense.” (Arthur Rimbaud) » Source : super bible de psycho-pop.

Ce qui est bien en endossant que l’humain est aussi interdépendant que Rimbaud ose l’affirmer, c’est qu’il devient plus facile d’assumer sa dépendance à ses pairs. La psychologie a dit que j’avais le droit de dépendre des autres, je deviens donc normal et non dépendant, n’est-ce pas?

Vous connaissez les amours de Jupiter?  Dans l’Olympe, Jupiter connaît (outre son épouse principale Junon) des amours avec plusieurs déesses, appartenant parfois à sa famille proche. Si ces amours divines sont rarement représentées, à la période antique comme à la période moderne, les histoires qui y en découlent constituent un sujet très apprécié des artistes.

Le dieu des dieux avait plusieurs amours et en inspire même les artistes. (Qui sont d’accord, ou simplement inspirés? Ils ne doivent pas juger, on peut se douter de ça.) Ça vous pue la normalité à plein nez ça? Et EN PLUS, il avait des amantes mortelles (détail inutile me direz-vous, mais assez représentatif quand on sait que les artistes s’inspirant des amours de Jupiter étaient beaucoup plus inspirés par l’image du dieu avec des mortelles, plutôt qu’avec les déesses). Je pourrais délirer sur les sources d’inspiration, un autre jour.

L’humain a donc acquis, par apprentissage ou par observation, plusieurs modèles, plusieurs façons de fonctionner en société ou même seul, jusqu’en pensée. Certains modèles sont considérés comme communs et acceptés des pairs, mais il est malgré tout facile de voir au fil des époques et même des générations que les êtres s’influencent et donc se pensent (pour en revenir à Rimbaud). Ce qui n’était pas normal le devient, ce qui l’était nous paraît maintenant inacceptable.

Comment est-il donc possible pour quelqu’un de vouloir se dissocier de la tendance que la masse suit pourtant dans le cadre générationnel qui devrait être le sien? Par différence? Je ne crois pas qu’on puisse avoir en soi une si grande différence, du moins pas en ayant évolué dans la même société que celle qui crée pourtant le malaise. Mais il est difficile pour l’humain inconfortable dans sa situation de pouvoir en premier lieu le reconnaître, ensuite l’accepter, l’assumer, puis tenter (en vain sans doute) de trouver le modèle qui lui convient. Tout ça en restant conscient de l’influence sur ses pairs, et de l’influence qu’il subit de ces derniers.

Cet humain donc, celui dont on parle, dit l’inconfortable-dans-sa-société-et-dans-son-cadre-générationnel-et-dans-tous-les-modèles-dits-fonctionnels-ou-non-disponibles-dans-la-littérature, doit se ramener à la base des relations interpersonnelles, qui va un peu comme suit (c’est un résumé assez rudimentaire mais suffisamment explicite) :

« Nous agissons ; les autres nous renvoient une attitude qui nous laisse à penser que notre comportement initial est “convenable” ou pas. L’approbation des autres est source de contentement et le rejet provoque le malaise. Dans cette logique, être parfaitement égoïste, c’est aider l’autre à vous aider. Ainsi l’autre est pour nous source de gratification ou de douleur. Or rappelons-nous ! Un système nerveux – comme toute organisation vivante – cherche à maintenir sa structure. L’intermédiaire indispensable à cette fin est le plaisir. L’autre étant une inépuisable source de plaisir, la relation à lui est le moyen pour un être vivant de se maintenir en vie. D’où l’intérêt de poursuivre la relation. Inversement, si l’autre engendre le mal-être, la douleur, le stress, il devient un être à éviter ou à détruire. Si nous ne pouvons ni le combattre, ni le fuire, nous tombons en inhibition de l’action et subissons la panoplie de pathologies qui accompagnent cet état. »

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