Cette interprétation en boucle. Une dernière fois. Et une autre dernière fois.
Je n’ai pas peur de la route
Faudrait voir, faut qu’on y goûte
Des méandres au creux des reins
Et tout ira bien là
Le vent nous portera
Une migraine comme je n’en ai jamais eu et ton sourire tendre qui se glisse entre les points d’aiguilles imaginaires de ma tête.
On savait depuis si longtemps que le jour de ton départ arriverait, que le jour est arrivé et nous a coupé le souffle, nous a fait tomber. Notre deuil en surface tout ce temps fait et refait, le deuil de ne plus te voir me reconnaître, le deuil des moments au théâtre avec toi, du partage de ta culture et de tes connaissances infinies, de découvrir la nature lovée contre toi près d’une tente froide. Le deuil des moments qui n’allaient pas revenir, déjà. Mais avec cette impression rassurante que tu t’accrochais, que tu ne voulais pas partir. Tu étais là sans y être, mais tu y étais.
Ta fille, ma mère, à 6000 kilomètres de nous. Toute la famille, souffle coupé, qui attendait sans jamais y croire. On a attendu si longtemps qu’on attendait plus, tu comprends? Et la mauvaise surprise de découvrir que ça allait arriver quand même.
On est dispersés de tous côtés, sans renforts pour parler d’elle, sans mémoire similaire pour répandre notre nostalgie. Je découvre malgré moi que ça fait plus mal que j’osais l’imaginer, dans mes grands discours philosophiques sur le cycle de la vie. Toute seule ici, isolée des autres mémoires, la tête pleine d’elle avec personne pour comprendre.
La douleur de savoir ma mère découvrir un fossé grand comme l’univers dans son coeur, que même 30 ans plus grande que moi, elle doive apprendre à vivre la perte de son parent. Dans un contexte tellement différent mais similaire; parce qu’on savait, parce que ça doit arriver un jour, à un âge, après un nombre de temps où le corps se fatigue d’être. La perte d’un parent, un trou béant dans notre sécurité d’exister. Un guide dont on a besoin pour toujours, qui disparaît pour toujours. Un feu de moins dans la nuit trop noire.
Ton message à la Grande Ourse
Et la trajectoire de la course
Un instantané de velours
Même s’il ne sert à rien va
Le vent l’emportera
Tout disparaîtra mais
Le vent nous portera
Et je ne sais pas quelle main tendre maintenant. Je me souviendrai de toi. Celle qu’on voyait malgré tout dans nos futurs.
Pendant que la marée monte
Et que chacun refait ses comptes
J’emmène au creux de mon ombre
Des poussières de toi
Le vent les portera
Tout disparaîtra mais
Le vent nous portera

Ma petite poule chérie… je te berce dans mes bras si lointain… le sens-tu? J’ai perdu ma grande dame il y a 3 ans maintenant et si tu savais comme elle vit encore en moi. Je t’apprendrai ma belle, à la sentir en toi, si tu le veux. Gros bisous en attendant de te les faire en personne. xxx
Belle Anne, que de beaux mots si doux et si tendres. Rassure toi, le temps adoucit bien des peines, j’en sais quelque chose et toi aussi. Tous ces êtes restent présents dans nos coeurs et dans notre tête et la douleur s’atténue petit à petit mais ne disparait jamais complètement.
ta marraine qui t’aime
kiki xxxxx